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Les DJanes à l’honneur !

D’années en années, les femmes sont de plus en plus présentes sur la scène de la musique électronique. Ne les appelez pas “DJette”, moins courant et moins apprécié mais prononcez plutôt le terme “DJane” ! Certaines sont même honorées et récompensées dans le top 100 DJ. Le succès est grandissant, plus que cela des festivals et collectifs 100% féminins existent. Malgré tout, quelques femmes DJs ne vivent pas toujours bien leurs soirées mix et font face parfois à des reproches, commentaires misogynes. Pour preuve, le compte instagram “Tu mixes bien” dénonce les phrases et expressions parfois sexistes que peuvent entendre ces femmes.

Qu’en est-il en Drum & Bass et Dubstep, ce monde de Nietzsche ? Que ressentent les DJanes en DNB ? Qu’en pensent-ELLES ?

Bass Factory est allé à la rencontre de plusieurs femmes DJs pour les interroger sur leur vie, leurs expériences et vécus dans ce domaine.

Manon BALLUE alias Nawme

© OVAH


Cassandre alias Fall a 24 ans et est graphiste en freelance, DJ à ses heures perdues. Elle a commencé en 2019 à mixer mais côtoie le monde de la musique drum depuis 12 ans déjà.

Fall fait ses débuts en dubstep. En 2017, cela ne l’inspire plus. Elle se dirige en drum and bass.


Manon Ballue aka Nawme est musicienne, chanteuse, pédagogue puis DJ et productrice depuis 2018. Très jeune, elle est élevée dans un environnement musical : danse, piano, percussions et chant. De ses mots “J’avais envie de faire danser les gens”. Le mix lui a permis de s’amuser en soirée et de profiter de la fête en ayant une hygiène de vie plus saine que dans son passé.


Enfin, Manon Dufour a pour nom d'artiste Bianka. Manon a débuté dans son lit à 16 ans sur le logiciel VirtualDJ. Cette fan de jump up a testé toute seule les double drop, mash ups,... Puis deux ans après seulement, sa mère lui offre son premier contrôleur.

“Il n’y avait que les garçons qui faisaient de la musique, moi j’avais envie d’en faire” réplique Bianka.


Après les avoir interrogées sur leurs débuts dans le milieu, les questions concernant la place de la femme dans la musique électronique, et principalement dans la bass music, ont été abordées. Chacune d’entre elles a fait part de son témoignage à partir de leurs avis, expériences ou encore pensées.



1) Avant de mixer, avais-tu des aprioris vis-à-vis du rapport entre les femmes et la musique électronique ?


Fall : “Non je n’avais pas d’aprioris. Il y a besoin de femmes dans ce monde.”


Nawme : “Tout au contraire, je n’avais aucun a priori comme Fall. Je n’avais aucune pression, je mixais pour m’amuser. Néanmoins je me demandais, est ce que ça va le faire ? Je peux ressentir facilement le syndrome de l’imposteur.

“Est-ce que j’ai ma place ? Le milieu de la musique reste assez macho parfois. Puis les femmes sont peu représentées.”


Bianka : “De mon côté je ne me posais pas la question, j’étais beaucoup trop jeune. J’étais dans mon kiffe. Je me disais que c’était une passade et que je ne me voyais pas faire ça dans l’avenir.

Je prends aussi en compte un aspect : je vis en Belgique. Les belges sont sûrement plus ouverts d’esprit.”



2) Suite à ton expérience, te sens-tu différente en tant que DJane ? Vois-tu une différence de comportement avec les personnes ?


Fall : “Je ne vois pas trop de différence avec mon expérience. Dans mon entourage, j’ai beaucoup d’amis de sexe masculin. Ils me poussent dans mes choix et mon envie de mixer.

De plus, être femme me cultive à montrer que je peux tout autant réussir qu’un homme en DNB.”


Nawme : “À la différence de Fall, il m’arrive de sentir la différence, comme dans mon quotidien. Notre genre va souvent prédominer sur notre qualité d’artiste. Aussi, j’ai parfois le sentiment que nous sommes attendues au tournant. Nous devons être irréprochables face à d’autres personnes parce que nous sommes des femmes.”


Bianka : “Oui un petit peu, nous ne passons pas inaperçues, les gens viennent te voir à la fin d’un set et te disent “Oh t’es une fille, tu mixes c’est trop cool”. Ce n’est pas anodin à leurs yeux. En tous les cas, cela ne peut pas l’être. Cependant à force de l’entendre, cela devient lassant et répétitif.

Je suis d’accord avec Nawme, nous n’avons pas le droit à l’erreur sinon les gens pourraient croire que nous sommes là uniquement par notre physique. Mixes-tu à cette soirée parce que tu fais de la bonne musique ou parce que tu es mignonne ? Il y a une défiance suivant l’aspect technique : des hommes peuvent venir baisser le gain pendant ton set. Ceci se voit vraiment dans le métier d’ingénieur du son. Il y a énormément de préjugés.

Malgré tout, je suis persuadée que cela est un avantage aussi parce qu’il y a trop peu de femmes DJ. “



3) En tant que femme, est-ce plus difficile de se faire un nom dans le monde de la bass music ?


Fall : "Évidemment, ce milieu est composé davantage d’hommes chez les DJs comme dans les organisations. C’est plus difficile de se faire coopter dans un milieu d’hommes. Par exemple, INDIKA s’est faite repérée lives après lives sur Facebook. Ce n’est peut-être qu’une impression mais il faut deux fois plus d’efforts pour réussir en tant que femme.”


Nawme : “Je partage un avis différent de Fall. Être une femme peut potentiellement faciliter la renommée car j’ai l’impression que les femmes sont moins nombreuses que les hommes en drum and bass ou plus généralement dans la bass music. Malgré tout, il faudrait avant tout être considérée simplement comme une artiste, ce qui n’est pas toujours le cas.”


Manon DUFOUR alias Bianka

© Sarah Bouffart (Instagram : @sarafikhi)



4) As-tu eu affaire à des hommes DJ sexistes, misogynes ? Si oui, as-tu des exemples de situations à donner ?


Fall : “Je n’ai jamais eu affaire à des DJs misogynes néanmoins à des organisations oui.

Je vais vous raconter une anecdote. J’étais bookée avec une amie pour un duo à Nantes. Sur le post de l’événement Facebook, une phrase nous a interpellées : “Messieurs, ces femmes sont venues pour vous faire monter au septième ciel.”. La condition de la femme a été mise en avant pour ces “messieurs". À notre demande, l’orga a modifié le post.”


Nawme : “Au début, certains copains DJ venaient toucher les potards, peut-être en pensant que j’avais besoin d’aide. Avec l’expérience, les gens savent que je connais assez bien le son pour faire mes réglages alors maintenant ils me laissent gérer. Comme Fall, j’ai moi- même une anecdote. Une nuit, un patron de club dans lequel je mixais est venu plusieurs fois me dire de faire attention aux décibels alors que je réajustais en permanence pour ne pas dépasser. J’étais l’unique meuf qui mixais, la seule qu’il est venu voir plusieurs fois.”


Bianka : “Pour reprendre les mots de Nawme, en ce qui me concerne, j’ai personnellement vécu une situation similaire. Je me suis faite agressée par des DJs mecs à une soirée à Lille. C’est arrivé si vite que je n’ai pas pu prendre conscience de ce qui s’était passé. Je me suis demandé : “Pourquoi je méritais ça ?”



5) Connais-tu le compte insta Tu mixes bien ? Si oui, que penses-tu des publications ? Est-ce que cela a un bon impact pour la communauté de la DNB ?


Fall : “C’est une bonne initiative mais je ne connaissais pas.”


Nawme : “Je connais un peu et je pense qu’il est important de dénoncer des situations et comportements sexistes et misogynes dans tous les milieux. Il est temps que les personnes, quelle que soit leur identité de genre, soient considérées pour leur art et leur pratique plus que pour leur corps. Que faire pour avancer dans ce sens ?"

Bianka : "Je ne connaissais pas et je me suis abonnée. Je suis allée rapidement lire et je vois ce commentaire si “Tu fais des likes parce que tu es une meuf.” Cela nous remet en question. On se demande si notre mix valait le coup, etc. Ce compte peut malheureusement donner des idées débiles à des connards pour qu’ils perpétuent de leur côté ces remarques. Est-ce que cela sert ? Cela remet de l’huile sur le feu.

D’un autre côté, je suis pour car cela montre aux femmes DJs qu’elles ne sont pas toutes seules. C’est une sorte de soutien aux femmes. Les jugements et remarques comme celles-ci existent. C’est quand même dans tous les domaines comme le racisme par exemple."



Cassandre alias Fall

© RAR VISION (instagram : _rarvision_)



6) Récemment, une vidéo a tourné dans leur story où on voyait un mec faire quelques modifs sur le set d’une meuf, en déplaçant des curseurs, heureusement c’était consenti par la DJane. Mais crois-tu que cela existe ? As-tu déjà vu cette situation ? Peut-être en es-tu la victime ? Que penses-tu de ces situations ? Est-ce déplacé ?


Fall : “Si une personne de mon entourage modifie mes bass ou highs je l’autorise, c’est de l’entraide pour que je m’en sorte mieux. Si c’est un inconnu, je n’accepterais pas, cela me vexerait.”


Nawme : “Si le.a DJ n’est pas d’accord, je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas concevable. Il est possible d’aider et de donner un coup de main pour des DJs peu expérimentés qui ne savent pas trop comment le son fonctionne. Maintenant quelqu’un qui vient en permanence et qui ne laisse pas jouer, c’est simplement insupportable. Cela m’est arrivé peu de fois sur des soucis de volume mais aujourd’hui je gère toute seule.”


Bianka : “Je suis tout à fait en accord avec les arguments de Nawme. Tout de suite nous allons demander à la meuf si elle a pas besoin d’aide. Cela m’est déjà arrivé, j’avais peu de compétences techniques à l’époque. Tous les conseils sont bons à prendre.

Cela se voit une personne malhonnête, qui cherche à t’emmerder sur ça. Même les mecs peuvent en être victimes.



7) Vois-tu une différence entre le travail et ta passion de la bass music en tant que femme ?


Fall : “Je viens d’être diplômée en tant que graphiste, et me lancer en freelance, j’ai peu de bagages pour m’en rendre compte et peu de recul.”


Nawme : "C'est difficile d’être rémunéré correctement dans ce milieu là, il faut parfois céder des scènes pour être vu et reconnu et aussi pour se faire un réseau. Que tu sois homme ou femme c’est le même problème.”


Bianka : "Après cinq ans en études d’architecture et un BTS d’ingénieur du son, il faut trouver une entreprise pour travailler. Être une femme, cela n’aide pas. Tes compétences physiques sont remises en cause : savoir porter des enceintes, subs, tenir une perche,... En tant que femme, tu es pas pris au sérieux dans cette profession. C’est beaucoup plus dur de te faire respecter en tant qu'ingénieure du son quand tu es une femme.


Bass Factory remercie sincèrement ces trois DJanes : Nawme, Bianka et Fall pour avoir accepté notre interview et confié leur témoignage respectif !

Merci infiniment les filles !


Couverture : Manon Ballue alias Nawme

© OVAH


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